Basé à Dubaï · Réponse sous 24h ouvrées info@entreprisemakers.com
Structure

Free zone ou mainland à Dubaï : la règle a changé en 2025

Dorian Blanc, fondateur Publié le 11 min de lecture

« Free zone ou mainland ? » C'est la première vraie question de tout projet de société à Dubaï, et la plupart des réponses disponibles en français datent d'avant mars 2025.

Depuis cette date, le choix entre free zone ou mainland ne se pose plus dans les mêmes termes. Une résolution du Conseil exécutif de Dubaï autorise désormais une société de free zone à exercer sur le marché local, avec une licence ou un permis délivré par le département de l'économie. L'argument qui tranchait le débat depuis vingt ans, « en free zone vous ne pouvez pas facturer aux Émirats », n'est plus vrai tel quel.

Ce dossier remet la grille de décision à jour : ce que la réforme change exactement, combien coûte l'accès au marché local, ce que cela vaut en impôt sur les sociétés, et dans quels cas le mainland reste le bon choix. Les textes officiels sont cités en fin d'article.

Ce que dit la réforme Résolution n° 11 de 2025 du Conseil exécutif de Dubaï, en vigueur depuis le 3 mars 2025. Elle encadre l'exercice d'activités par les établissements de free zone à l'intérieur de l'émirat de Dubaï. Deux mécanismes : une licence de succursale valable un an, ou un permis d'activité limité à six mois. Le DIFC en est expressément exclu.

La réponse courte, selon vos clients

Le critère qui décide n'est ni le budget ni la mode : c'est de savoir qui vous facture. Voici la grille, dans sa version 2026.

Votre clientèleCe qui convient
Clients hors Émirats, activité en ligne, conseil internationalFree zone, sans plus
Clients hors Émirats, plus quelques contrats locaux ponctuelsFree zone et permis d'activité de six mois
Clients émiriens réguliers, entreprises ou particuliersFree zone et succursale mainland, ou mainland directement
Commerce de détail, restauration, chantier, agence sur placeMainland
Marchés publics et contrats avec les administrationsMainland

Autrement dit : la free zone reste le point de départ par défaut pour un entrepreneur francophone qui facture à l'international, et le marché local n'oblige plus à basculer en mainland dès le premier client émirien. Ce qui change, c'est qu'il existe maintenant un chemin intermédiaire, tarifé et légal.

Ce qui a changé le 3 mars 2025

Avant cette date, la règle était simple et rigide. Une société de free zone opérait depuis sa zone, pour des clients situés hors des Émirats ou dans d'autres free zones. Pour vendre à un client du marché intérieur, il fallait passer par un distributeur mainland, un agent, ou créer une seconde structure.

La résolution n° 11 de 2025 ouvre deux voies officielles, toutes deux délivrées par le département de l'économie et du tourisme de Dubaï, avec l'accord de l'autorité de votre free zone.

La licence de succursale

Elle vous permet d'exercer sur le territoire de l'émirat. Deux variantes : une succursale implantée sur le mainland, avec bureau et équipe sur place, ou une succursale qui opère depuis vos locaux de free zone. La licence est valable un an et se renouvelle. Le texte fixe le tarif de la seconde variante à 10 000 AED par an, soit environ 2 340 €.

Le permis d'activité temporaire

Prévu pour les besoins ponctuels : une mission, un chantier, un salon, un contrat isolé. Il est limité à six mois et coûte 5 000 AED, environ 1 170 €. C'est le format qui manquait aux consultants et aux prestataires qui décrochent un client émirien sans vouloir restructurer leur société pour autant.

Les trois conditions à retenir

  • L'activité doit figurer sur la liste du DET. Toutes les activités ne sont pas éligibles, et la liste est tenue par le département de l'économie, pas par votre free zone.
  • La comptabilité doit être séparée. Le texte impose de tenir des états financiers distincts pour ce qui est réalisé hors de la free zone. Ce n'est pas une formalité : c'est la base du traitement fiscal expliqué plus bas.
  • Votre licence de free zone doit rester valide. La succursale ne remplace pas la société, elle s'y ajoute.

Les entités du Dubai International Financial Centre sont exclues du dispositif. Et la résolution ne vaut que pour l'émirat de Dubaï : elle ne donne aucun droit à Abou Dhabi ou à Sharjah.

Ce que coûte l'accès au marché local

Voici les trois chemins vers un client émirien, avec leur coût annuel indicatif hors honoraires d'accompagnement.

CheminCoût officielPour qui
Permis d'activité, 6 mois5 000 AEDUn contrat ponctuel, une mission
Succursale opérant depuis la free zone10 000 AED par anDes clients locaux réguliers, sans bureau mainland
Succursale implantée sur le mainlandLicence, plus bureau et bailUne présence physique, une équipe locale
Société mainland à part entièreVoir le budget complet ci-dessousDétail, restauration, marchés publics

Le chiffre à retenir : 10 000 AED par an pour accéder au marché de Dubaï sans quitter sa free zone. À comparer aux 15 000 à 25 000 AED de bail commercial enregistré qu'impose une implantation mainland classique. L'écart est net, et il explique pourquoi la question mérite d'être reposée en 2026.

Le prix fiscal de l'accès au marché local

C'est le point que la plupart des comparatifs passent sous silence, et c'est celui qui coûte le plus cher quand on le découvre après coup.

Une société de free zone qui remplit les conditions bénéficie du taux de 0 % sur ses revenus qualifiants. C'est le statut de Qualifying Free Zone Person. Le taux normal de la corporate tax est de 9 % au-delà de 375 000 AED de bénéfices.

La succursale mainland est un établissement stable

Sur le plan fiscal, une succursale qui exerce sur le mainland constitue un établissement stable domestique. Les revenus qui lui sont attribuables sont imposés à 9 %, pas à 0 %. Il n'y a pas d'ambiguïté sur ce point.

La bonne nouvelle, et elle est importante : ces revenus sont exclus du calcul de minimis. Autrement dit, la partie mainland est imposée séparément et ne met pas en danger le taux de 0 % sur le reste de votre activité. Vous ne perdez pas votre statut parce que vous ouvrez une succursale.

Le seuil de minimis, à ne pas franchir

Le statut de free zone qualifiante suppose que vos revenus non qualifiants restent sous un plafond : 5 % du chiffre d'affaires total ou 5 millions AED, le plus bas des deux. Franchir ce seuil coûte le statut pour l'exercice en cours et les quatre suivants. Cinq années au taux normal pour un dépassement sur un exercice : la sanction est disproportionnée, et c'est précisément pour cela qu'il faut la connaître.

La nuance qui compte Facturer un client du marché intérieur sans succursale ni permis génère du revenu non qualifiant, qui compte dans le seuil de minimis. Passer par une succursale sort ces revenus du calcul et les impose à 9 % de façon isolée. Pour une activité locale qui monte en puissance, la succursale n'est donc pas seulement une obligation réglementaire : c'est aussi une protection du taux de 0 % sur le reste.

La liste des activités qualifiantes a bougé

La décision ministérielle n° 229 de 2025, publiée en septembre 2025, remplace la n° 265 de 2023 et redéfinit les activités qualifiantes et exclues, avec effet rétroactif aux exercices ouverts depuis le 1er juin 2023. Elle élargit notamment les services de trésorerie et de financement, qui deviennent qualifiants y compris pour compte propre, et précise le traitement de la distribution depuis une zone désignée.

La conséquence pratique : une activité que votre comptable considérait comme non qualifiante en 2024 ne l'est peut-être plus. Cela vaut le coup de refaire le point avant la prochaine déclaration, en particulier si vous approchez du seuil de minimis. Si votre chiffre d'affaires reste sous 3 millions AED, le Small Business Relief peut de toute façon neutraliser la question jusqu'à fin 2029.

Les six critères de décision, version 2026

Le comparatif des deux régimes figure déjà sur la page d'accueil. Voici la version détaillée, corrigée de ce que la réforme a modifié.

1. Vos clients

Hors des Émirats : la free zone suffit, et elle est plus simple. Aux Émirats de façon régulière : free zone plus succursale, ou mainland. En vente au détail, en restauration, sur chantier ou avec une clientèle de particuliers marchant sur le trottoir : mainland, sans discussion.

2. La détention du capital

Ce critère n'en est plus un. La détention à 100 % par un étranger est acquise en free zone depuis toujours, et elle l'est en mainland pour la plupart des activités depuis la réforme de la détention étrangère. Quelques activités à impact stratégique conservent une exigence de participation locale : c'est à vérifier activité par activité, pas à supposer.

3. Le budget de la première année

Une licence de free zone accessible démarre autour de 12 000 AED. Une société mainland complète, avec bail enregistré et un visa, tourne autour de 53 800 AED. Le détail ligne par ligne est dans le dossier sur le coût de création d'une société à Dubaï.

Une nuance mérite d'être connue : la licence instantanée du département de l'économie permet d'obtenir une licence mainland avec une adresse administrative pour les douze premiers mois, sans contrat de bail enregistré. Le bureau devient obligatoire au renouvellement. Cela ne rend pas le mainland moins cher sur deux ans, mais cela abaisse fortement la barrière d'entrée la première année, pour les activités qui ne demandent pas d'approbation sectorielle.

4. Le bureau

En free zone, le poste flexible est le plus souvent compris dans le package. En mainland, un local commercial avec bail enregistré est la règle, sauf pendant la première année d'une licence instantanée. C'est le poste qui creuse l'écart réel entre les deux régimes, davantage que la licence elle-même.

5. Les visas

En free zone, le nombre de visas est plafonné par la formule retenue et par la surface louée. En mainland, le quota dépend de la surface du local, ce qui laisse plus de marge pour constituer une équipe. Pour un fondateur seul ou un duo, la différence est théorique. Pour une équipe de dix, elle est structurante.

6. La fiscalité

Free zone : 0 % sur les revenus qualifiants, 9 % au-delà de 375 000 AED sur le reste. Mainland : 9 % au-delà de 375 000 AED, sans régime de faveur. La TVA à 5 % s'applique aux deux dès 375 000 AED d'opérations taxables, et la déclaration de corporate tax est obligatoire dans les deux cas, même à zéro.

Combien coûte chaque scénario la première année

ScénarioAnnée 1 en AEDEn euros
Free zone, un visa, clients internationaux12 000 à 27 0002 800 à 6 300 €
Free zone, un visa, plus un permis de 6 mois17 000 à 32 0004 000 à 7 500 €
Free zone, un visa, plus une succursale22 000 à 37 0005 100 à 8 600 €
Mainland complet, un fondateur avec visaenviron 53 800environ 12 600 €

Ces fourchettes reprennent celles du dossier sur le coût de création, augmentées du tarif officiel de la résolution. Elles n'incluent ni les honoraires d'accompagnement ni le solde bancaire à immobiliser, de 25 000 à 50 000 AED selon l'établissement. Le budget de la deuxième année obéit à d'autres règles : il est détaillé dans le coût annuel d'une société à Dubaï.

Changer de régime en cours de route

La question revient souvent, et la réponse est plus souple qu'on ne le croit.

De la free zone vers le marché local

C'est le cas le plus fréquent, et depuis 2025 c'est aussi le plus simple. Vous gardez votre société de free zone, votre licence, votre compte bancaire et vos visas, et vous ajoutez une succursale ou un permis. Aucune migration, aucune fermeture, aucune nouvelle demande de visa.

De la free zone vers le mainland, complètement

C'est une vraie bascule : nouvelle licence auprès du département de l'économie, nouveau bail, transfert ou réémission des visas, et souvent un nouveau compte bancaire, puisque les banques réexaminent le dossier. Le dossier sur l'ouverture d'un compte professionnel détaille ce qu'elles regardent. Prévoyez plusieurs semaines et un chevauchement des deux structures.

Du mainland vers la free zone

Techniquement possible, rarement pertinent. Cela suppose de liquider ou de mettre en sommeil la société mainland, avec annulation des visas et clôture du bail, pour reconstituer une structure moins coûteuse. L'économie annuelle met souvent deux ans à compenser le coût de l'opération.

Les erreurs qui coûtent cher

  • Choisir le mainland « pour faire sérieux ». Le régime n'apparaît pas sur vos factures aux yeux d'un client européen. Si vos clients sont hors des Émirats, vous payez un accès au marché local que vous n'utilisez pas.
  • Facturer des clients émiriens depuis une free zone sans rien déclarer. Ce revenu est non qualifiant, il compte dans le seuil de minimis, et le dépassement coûte le statut pour cinq exercices.
  • Croire que la succursale fait perdre le 0 %. C'est l'inverse : elle isole les revenus locaux à 9 % et protège le taux de 0 % sur le reste.
  • Prendre une free zone bon marché sans vérifier les activités. Certaines zones n'autorisent pas certaines activités, et l'ajout d'une activité en cours d'année se paie à chaque modification de licence.
  • Oublier la comptabilité séparée. Elle est exigée par le texte pour toute activité exercée hors de la free zone. Sans elle, l'administration fiscale ne peut pas distinguer les deux assiettes, et l'arbitrage se fait rarement en votre faveur.
  • Comparer une licence de free zone à une licence mainland. Les deux ne recouvrent pas le même périmètre. Comparez des budgets complets, bureau et visas inclus, pas des lignes isolées.

Questions fréquentes

Une société free zone peut-elle vendre à un client à Dubaï ?

Oui, depuis la résolution n° 11 de 2025, à condition d'obtenir du département de l'économie une licence de succursale ou un permis d'activité, et que l'activité figure sur la liste éligible. Sans l'un de ces titres, la vente au marché intérieur reste hors du cadre prévu et génère du revenu non qualifiant au regard de la corporate tax.

Quelle est la différence entre free zone et mainland en une phrase ?

La free zone est un régime d'installation simplifié et fiscalement avantageux, historiquement tourné vers l'export ; le mainland est le régime de droit commun, qui donne un accès sans restriction au marché émirien. Depuis 2025, la frontière entre les deux est franchissable à un tarif connu.

Le taux de 0 % existe-t-il vraiment ?

Oui, mais sous conditions strictes : substance réelle aux Émirats, revenus qualifiants, comptes audités, respect du seuil de minimis et absence d'option pour le taux normal. Ce n'est pas une exonération automatique attachée à l'adresse. Une société de free zone qui ne remplit pas les conditions est imposée à 9 % comme une autre.

Faut-il un associé émirien en mainland ?

Plus pour la plupart des activités depuis la réforme de la détention étrangère. Un nombre limité d'activités à impact stratégique conserve une exigence de participation locale, et certaines licences professionnelles requièrent un agent de service, qui n'est pas un associé et ne détient aucune part.

Le permis de six mois est-il renouvelable ?

Il est conçu comme un titre temporaire pour une activité déterminée. Pour une présence durable sur le marché local, c'est la licence de succursale qui est prévue, avec un renouvellement annuel. Faire de la reconduction du permis un régime permanent n'est pas l'esprit du texte.

La réforme s'applique-t-elle dans les autres émirats ?

Non. La résolution n° 11 de 2025 est une décision du Conseil exécutif de Dubaï et ne vaut que sur le territoire de cet émirat. Une société installée dans une free zone d'un émirat voisin n'en bénéficie pas pour vendre à Dubaï, et les entités du DIFC en sont explicitement exclues.

Quel régime choisir si je ne sais pas encore qui seront mes clients ?

La free zone, dans une zone accessible, avec une licence dont les activités couvrent large. C'est l'option la moins coûteuse à corriger : ajouter une succursale plus tard se fait sans toucher à la société, alors que redescendre du mainland vers la free zone suppose de tout défaire. Le déroulé complet de la création, étape par étape, commence d'ailleurs par cette décision.

Sources

  • Portail législatif de Dubaï, résolution n° 11 de 2025 du Conseil exécutif régissant l'exercice des activités des établissements de free zone dans l'émirat de Dubaï
  • Ministère des Finances des Émirats, décision ministérielle n° 229 de 2025 sur les activités qualifiantes et exclues
  • Federal Tax Authority, régime des Qualifying Free Zone Persons, seuil de minimis et corporate tax
  • Tarifs de licence et de bail relevés à Dubaï en août 2026, free zones accessibles et département de l'économie et du tourisme

Le choix entre free zone ou mainland à Dubaï dépend d'une situation précise : votre activité, vos clients, votre budget et vos projets d'équipe. Les informations ci-dessus sont à jour en août 2026 et données à titre indicatif ; elles ne constituent ni un conseil fiscal ni un conseil juridique personnalisé.

Dorian Blanc, fondateur d'Entreprise Makers, à Dubaï

Dorian Blanc, fondateur d'Entreprise Makers

Installé à Dubaï, il a créé sa propre société en free zone en 2025 : licence, visa, Emirates ID, compte bancaire. Il accompagne aujourd'hui les entrepreneurs francophones dans les mêmes démarches, en direct et sans intermédiaires. Décrire votre projet →

La bonne structure, pas la plus vendue

Vos clients, votre activité, vos projets d'équipe : on tranche entre free zone et mainland sur votre cas, en français, depuis Dubaï, en vous disant aussi ce que le régime coûtera l'an prochain. Le premier échange sert à y voir clair.

Parler de mon projet →